Page publiée le 6 septembre 2026 par Me Benoît BIOT, avocat au Barreau de Montpellier, droit des sociétés et droit fiscal des affaires.
Le choix entre EURL et SASU est la décision qui pèse le plus sur ce que gagnera le dirigeant après le passage en société. Le cabinet le voit dans chaque dossier : deux entrepreneurs au même chiffre d'affaires, l'un en EURL, l'autre en SASU, n'ont ni les mêmes cotisations, ni la même retraite, ni la même fiscalité sur les dividendes. Cet article compare les deux formes sur les points qui comptent et chiffre les coûts du passage. Pour la méthode générale du transfert, lisez d'abord notre guide du passage en société.
1. Le statut social du dirigeant
Le gérant associé unique d'EURL est un travailleur non salarié, rattaché à la sécurité sociale des indépendants. Ses cotisations, calculées sur sa rémunération et, dans une certaine mesure, sur ses dividendes, représentent en pratique 40 à 45 % de la rémunération nette. Sa couverture est plus légère que celle d'un salarié : indemnités journalières réduites, retraite complémentaire moins généreuse, pas d'assurance chômage.
Le président de SASU est assimilé salarié. Il cotise au régime général sur sa rémunération, pour un coût total proche de 80 % du net, sans assurance chômage. Il acquiert en contrepartie une retraite de salarié et des indemnités journalières plus élevées. S'il ne se verse aucune rémunération, il ne cotise pas, ce qui peut convenir à un dirigeant déjà couvert par ailleurs.
2. La fiscalité de la société et du dirigeant
La SASU relève de l'impôt sur les sociétés : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà, sous conditions de chiffre d'affaires et de détention du capital. L'EURL avec associé unique personne physique reste par défaut à l'impôt sur le revenu, dans la continuité de l'entreprise individuelle, et peut opter pour l'impôt sur les sociétés. Rester à l'impôt sur le revenu conserve la simplicité mais prive du principal avantage du passage en société, la taxation modérée du bénéfice réinvesti ; le cabinet ne le recommande que dans des situations de transition.
La rémunération du dirigeant est déductible du résultat de la société soumise à l'impôt sur les sociétés et imposée entre ses mains comme un salaire, avec l'abattement de 10 %. Les dividendes supportent le prélèvement forfaitaire unique (31,4 % en 2026, prélèvements sociaux compris) ou, sur option, le barème progressif après abattement de 40 %. En EURL, la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital et des comptes courants est en outre soumise aux cotisations sociales du gérant : la SASU garde ici un avantage, dont l'ampleur dépend des textes en vigueur à la date de la distribution. Notre comparateur apport en capital ou compte courant aide à calibrer le capital de départ.
3. Le coût du passage en société
Les frais externes sont limités : annonce légale de constitution, frais de greffe au guichet unique, éventuel commissaire aux apports. Les droits d'enregistrement sur l'apport du fonds sont nuls si l'apporteur s'engage à conserver ses titres trois ans (article 810, III du CGI) ; à défaut, le barème des cessions de fonds s'applique sur la valeur apportée. Le poste le plus lourd est en général la fiscalité des plus-values, neutralisée par le report de l'article 151 octies en cas d'apport, ou déclenchée en cas de cession du fonds à la société.
Le commissaire aux apports mérite un mot. En SARL comme en SAS, les associés peuvent s'en dispenser à l'unanimité si aucun apport en nature n'excède 30 000 € et si l'ensemble des apports en nature ne dépasse pas la moitié du capital. Un fonds évalué à 150 000 € apporté à une société au capital de 150 000 € respecte ces seuils ; le cabinet conseille pourtant souvent de désigner un commissaire lorsque l'évaluation pourra être discutée par l'administration ou par un futur associé.
4. Les critères qui font pencher la balance
Le dirigeant qui se verse une rémunération élevée et ne compte pas s'associer choisit souvent l'EURL, pour le coût social. Celui qui prévoit d'entrer un associé, de lever des fonds ou de bâtir une holding préfère la SASU : la liberté statutaire de la SAS, l'absence de plafond sur les catégories d'actions et la souplesse des clauses de sortie s'y prêtent, comme l'expose notre page création de société et pacte d'associés. Le libéral soumis à un ordre professionnel n'a pas ce choix : il relève de la société d'exercice libéral, SELARL ou SELAS, avec ses règles propres de détention du capital, traitées sur notre page professions libérales et santé.
Dernier critère, souvent oublié : la transformation ultérieure. Passer d'une EURL à une SASU est possible mais coûte une procédure de transformation, avec commissaire à la transformation le cas échéant, décrite dans notre guide de la transformation. Mieux vaut choisir juste au départ.
Questions fréquentes
EURL ou SASU : laquelle coûte le moins cher au quotidien ?
À rémunération égale, l'EURL coûte moins de cotisations sociales : le gérant majoritaire relève du régime des travailleurs non salariés, dont les cotisations représentent environ 45 % de la rémunération nette, contre environ 80 % pour le président de SASU, assimilé salarié. En contrepartie, le président de SASU bénéficie d'une protection sociale de salarié, hors assurance chômage.
Une EURL peut-elle rester à l'impôt sur le revenu ?
Oui. L'EURL dont l'associé unique est une personne physique relève par défaut de l'impôt sur le revenu, comme l'entreprise individuelle, et peut opter pour l'impôt sur les sociétés. La SASU relève de plein droit de l'impôt sur les sociétés, avec une option temporaire pour l'impôt sur le revenu limitée à cinq exercices sous conditions.
Combien coûte le passage d'une entreprise individuelle en société ?
Les frais externes comprennent l'annonce légale, les frais de greffe et, le cas échéant, le commissaire aux apports. L'apport du fonds est enregistré gratuitement si l'apporteur conserve ses titres trois ans. Les honoraires du cabinet pour un passage en société sont publiés sur notre page dédiée.
Faut-il un commissaire aux apports ?
En SARL et en SAS, les associés peuvent décider à l'unanimité de ne pas en désigner lorsque aucun apport en nature n'excède 30 000 € et que la valeur totale des apports en nature ne dépasse pas la moitié du capital. Au-delà, ou par prudence lorsque l'évaluation du fonds est délicate, le commissaire aux apports s'impose.
Peut-on passer en société en gardant le régime micro ?
Non. Les régimes micro-BIC et micro-BNC sont réservés aux entreprises individuelles. Une EURL à l'impôt sur le revenu avec associé unique personne physique peut toutefois y prétendre sous conditions. En pratique, le passage en société s'accompagne presque toujours d'un régime réel.
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Me Benoît BIOT, avocat au Barreau de Montpellier.
Cette page a une vocation pédagogique et ne constitue pas une consultation juridique personnalisée. Textes cités à jour au 6 septembre 2026, vérifiés sur Legifrance.
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